Le made in France industriel a son vocabulaire, partagé entre dirigeants de PMI, pouvoirs publics et donneurs d’ordre. Ce lexique du made in France industriel réunit les définitions des termes que l’on croise dès qu’il est question de produire en France, de relocaliser une fabrication ou de valoriser un savoir-faire. Chaque entrée va à l’essentiel : ce que le mot désigne, à quoi il renvoie concrètement et pourquoi il compte pour l’industrie hexagonale et ses territoires.
01Made in France
Mention d’origine indiquant qu’un produit a été fabriqué en France. Son emploi est encadré par la réglementation douanière : il repose sur la notion d’origine non préférentielle, c’est-à-dire le pays où le produit a subi sa dernière transformation substantielle. Le marquage de l’origine reste facultatif pour la plupart des biens, mais toute mention apposée doit être exacte, sous peine d’être qualifiée de pratique commerciale trompeuse. « Fabriqué en France » ne signifie donc pas nécessairement que 100 % des composants sont français.
02Origine France Garantie
Certification créée en 2011 et portée par l’association Pro France, qui atteste l’origine française d’un produit selon des critères vérifiés par un organisme certificateur indépendant. Deux conditions doivent être réunies : le lieu où le produit prend ses caractéristiques essentielles se situe en France, et une part majoritaire de son prix de revient unitaire y est acquise. C’est l’un des rares labels transversaux, applicable à tous les secteurs, de l’agroalimentaire à l’équipement industriel.
03French Fab
Bannière collective lancée en 2017 à l’initiative de Bpifrance pour fédérer et rendre visibles les acteurs de l’industrie française — entreprises, sites de production, écoles et territoires. Reconnaissable à son coq stylisé bleu, elle joue le rôle de signe de ralliement destiné à moderniser l’image de l’industrie et à attirer talents et investisseurs. Elle ne constitue pas un label produit : c’est un mouvement de promotion de la fabrication industrielle en France.
04Souveraineté industrielle
Capacité d’un pays à maîtriser les productions jugées stratégiques et à réduire sa dépendance aux importations pour des biens essentiels — santé, énergie, électronique, défense, alimentation. La notion a pris de l’ampleur après les ruptures d’approvisionnement révélées par les crises récentes. Dans l’industrie française, où le secteur manufacturier pèse environ 10 % du PIB, elle se traduit par des politiques de relocalisation, de sécurisation des chaînes d’approvisionnement et de soutien aux filières critiques.
05Réindustrialisation
Mouvement visant à redonner du poids à l’industrie dans l’économie d’un pays, après des décennies de désindustrialisation marquées par la fermeture d’usines et le recul de l’emploi manufacturier. Elle passe par la création de sites de production, l’implantation d’usines nouvelles et le soutien à l’innovation. En France, elle est portée par une combinaison d’aides publiques, de simplification administrative et de mobilisation des territoires autour de l’industrie.
06Relocalisation
Retour sur le territoire national d’une production auparavant transférée à l’étranger, généralement pour bénéficier de coûts plus bas. Elle répond à des motifs variés : sécuriser les approvisionnements, réduire les délais et l’empreinte carbone du transport, se rapprocher du marché ou valoriser une fabrication française. La relocalisation reste un arbitrage économique exigeant, car elle suppose de reconstituer sur place des compétences, des fournisseurs et parfois des outils de production disparus.
07Filière industrielle
Ensemble des entreprises et des acteurs qui participent à la fabrication d’une même famille de produits, de la matière première jusqu’au bien fini — par exemple l’automobile, l’aéronautique, le textile ou l’agroalimentaire. Une filière regroupe donneurs d’ordre, sous-traitants, équipementiers et parfois centres de recherche et de formation. Sa solidité dépend de la présence, sur le territoire, de tous les maillons nécessaires : la disparition de l’un d’eux fragilise l’ensemble.
08Dernière transformation substantielle
Règle de droit douanier qui sert à déterminer l’origine d’un produit fabriqué dans plusieurs pays. L’origine est attribuée au pays où a eu lieu la dernière transformation substantielle, économiquement justifiée, ayant abouti à un produit nouveau ou représentant un stade de fabrication important. Un simple assemblage ou conditionnement ne suffit généralement pas. C’est ce critère qui fonde l’usage de la mention « Made in France » pour les biens composés d’éléments d’origines diverses.
09Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV)
Label d’État créé en 2005, décerné par le ministère chargé de l’économie pour distinguer des entreprises détentrices d’un savoir-faire artisanal ou industriel d’excellence. Attribué pour une durée déterminée après examen d’un dossier, il valorise la rareté des compétences, l’ancrage territorial et le patrimoine technique de l’entreprise. Il concerne aussi bien des ateliers d’art que des sites industriels détenteurs de procédés de fabrication difficiles à reproduire ailleurs.
10Territoires d’industrie
Programme public lancé en 2018 pour soutenir le développement industriel des bassins à forte tradition manufacturière, souvent situés hors des grandes métropoles. Il repose sur une logique décentralisée : les projets sont identifiés et pilotés localement, en associant intercommunalités, régions, industriels et services de l’État. L’objectif est de lever les freins concrets — foncier, recrutement, compétences, infrastructures — qui pèsent sur l’implantation ou l’agrandissement d’usines.
11Savoir-faire
Ensemble des compétences pratiques, des tours de main et des connaissances techniques accumulés par une entreprise et ses équipes au fil du temps. Dans l’industrie française, le savoir-faire constitue un actif souvent décisif : il explique la qualité d’une fabrication, différencie un site de ses concurrents et reste difficile à transférer ou à reconstituer. Sa transmission, par la formation et l’apprentissage, est un enjeu majeur face au départ en retraite des générations expérimentées.
12Sous-traitance industrielle
Relation par laquelle une entreprise, le donneur d’ordre, confie à une autre la réalisation de pièces, de composants ou d’opérations qu’elle ne fabrique pas elle-même. Elle structure des filières entières : usinage, mécanique, plasturgie, traitement de surface ou électronique. Le tissu de sous-traitants français, majoritairement composé de PMI, conditionne la capacité des grands groupes à produire sur le territoire — d’où son rôle central dans les stratégies de relocalisation.
13Contenu local
Part d’un produit — en valeur, en composants ou en main-d’œuvre — réalisée sur un territoire donné. Le taux de contenu local mesure l’ancrage réel d’une fabrication : un bien assemblé en France à partir de pièces importées présente un contenu local plus faible qu’un produit dont la majorité de la chaîne est nationale. Cette notion sert d’indicateur dans les politiques d’achat, les certifications d’origine et les stratégies de réindustrialisation.
14Chaîne de valeur
Suite des étapes qui, de la conception aux matières premières jusqu’à la distribution, ajoutent chacune de la valeur à un produit. Analyser la chaîne de valeur d’un bien industriel permet de repérer où se crée la richesse et où se situent les dépendances vis-à-vis de l’étranger. La relocalisation consiste souvent à ramener en France les maillons stratégiques ou les plus fragilisés d’une chaîne de valeur devenue mondiale.
15Tissu industriel (PMI et ETI)
Ensemble des entreprises industrielles d’un territoire et des liens qui les unissent. En France, il repose largement sur les petites et moyennes industries (PMI) et sur les entreprises de taille intermédiaire (ETI), ces dernières se situant entre la PME et le grand groupe, avec des effectifs et des moyens plus importants. La densité et la diversité de ce tissu, souvent familial et enraciné localement, font la robustesse d’un bassin industriel et sa capacité à accueillir de nouvelles productions.
16Gigafactory
Usine de très grande taille dédiée à la production en masse, terme popularisé par la fabrication de batteries pour véhicules électriques. Une gigafactory se caractérise par des volumes considérables, de lourds investissements et un besoin important en énergie, en foncier et en main-d’œuvre qualifiée. En France, l’implantation de telles unités, notamment dans le nord du pays autour de la filière batterie, illustre les ambitions de réindustrialisation sur des secteurs stratégiques.
17Circuit court industriel
Organisation de la production visant à rapprocher géographiquement les différents maillons de fabrication, en limitant le nombre d’intermédiaires et les distances parcourues par les composants. Transposé de l’agriculture à l’industrie, le circuit court réduit les délais, les coûts logistiques et l’exposition aux ruptures d’approvisionnement lointaines. Il favorise des écosystèmes de fournisseurs proches et renforce l’ancrage territorial d’une usine.
18Label d’origine
Signe attestant qu’un produit provient d’un pays, d’une région ou d’un savoir-faire déterminé, selon un cahier des charges contrôlé. Certains labels sont officiels et encadrés par les pouvoirs publics, d’autres sont portés par des associations ou des fédérations professionnelles. Dans l’industrie, ils servent à rassurer l’acheteur, à valoriser une fabrication locale et à se démarquer d’une simple mention d’origine non vérifiée. Leur crédibilité repose sur la rigueur du contrôle et l’indépendance du certificateur.
19Pôle de compétitivité
Regroupement, sur un même territoire, d’entreprises, de laboratoires de recherche et d’organismes de formation qui coopèrent autour de projets innovants dans un domaine donné. Cette politique, engagée par l’État au milieu des années 2000, vise à stimuler l’innovation industrielle et à faire émerger des écosystèmes compétitifs à l’international. Les pôles labellisés accompagnent des projets collaboratifs et facilitent l’accès des industriels aux financements de la recherche.
20Valeur ajoutée industrielle
Richesse créée par une activité industrielle, mesurée par la différence entre la valeur de sa production et celle des biens et services consommés pour la réaliser. C’est un indicateur clé du poids réel de l’industrie dans l’économie et de la performance d’un site : une forte valeur ajoutée traduit une production peu dépendante d’intrants extérieurs et des procédés à haute technicité. La relocalisation cherche précisément à capter davantage de cette valeur ajoutée sur le territoire.