Dans la vallée de l’Arve, en Haute-Savoie, une petite entreprise de Scionzier vient de rejoindre la liste des lauréats du Pack relocalisation de la Région Auvergne-Rhône-Alpes. CDSA Technologie, spécialisée dans les opérations de brasage, a reçu 26 000 euros pour investir dans de nouvelles machines et a embauché deux personnes. Un montant modeste à l’échelle d’un dispositif régional, mais un bon révélateur de la façon dont la relocalisation se joue aussi dans les ateliers de quelques salariés, loin des gigafactories.
Plan de l'article
Une PME du brasage parmi les derniers lauréats #
L’information a été rapportée ce 29 octobre par Radio Mont Blanc. L’entreprise, présidée par Pierre Michard, fait partie des derniers dossiers retenus par la Région. Le brasage consiste à assembler des pièces métalliques à l’aide d’un métal d’apport qui fond à une température inférieure à celle des pièces elles-mêmes. C’est une opération discrète, rarement visible du grand public, mais indispensable dans de nombreuses filières : échangeurs thermiques, composants mécaniques, outillage, pièces techniques pour l’automobile ou l’aéronautique.
Ce type de savoir-faire illustre bien le tissu industriel de la vallée de l’Arve, historiquement tourné vers le décolletage et la sous-traitance de précision. Quand un donneur d’ordre cherche à rapatrier une partie de sa chaîne d’approvisionnement, il a besoin de ces maillons intermédiaires capables de traiter, d’assembler et de finir des pièces au plus près des usines clientes.
À lire Relocaliser une production : les étapes clés pour un projet réussi
Un entrepreneur qui connaît déjà le dispositif
Ce n’est pas la première fois que Pierre Michard sollicite la Région. Selon Radio Mont Blanc, il avait déjà bénéficié d’un chèque régional pour son autre entreprise, installée à Villaz, près d’Annecy. Le dirigeant se dit convaincu de l’efficacité du Pack. Ce retour d’expérience compte : beaucoup de petits industriels hésitent à monter des dossiers d’aide publique, par crainte de la lourdeur administrative ou d’un montant trop faible pour justifier l’effort.
Le contrôle de l’argent public fait aussi partie du dispositif. Le conseiller régional Fabrice Gyselinck a visité l’usine de Scionzier pour constater la bonne utilisation des 26 000 euros, toujours d’après la radio locale.
Le Pack relocalisation, cinq ans après son lancement #
La Région Auvergne-Rhône-Alpes a lancé ce dispositif en 2021, avec l’objectif affiché de rester la première région industrielle de France et d’inciter les entreprises à rapatrier leur production sur le sol français. D’après les chiffres cités par Radio Mont Blanc, le Pack a permis depuis de soutenir financièrement près de 900 projets et de créer 14 000 emplois. Au total, 165 millions d’euros ont été versés aux entreprises par la Région.
Le dispositif est ouvert à toutes les entreprises industrielles, quels que soient leur taille et leur secteur. C’est un point important : la relocalisation n’est pas réservée aux grands groupes capables de construire une usine neuve. Une PME qui réinternalise une étape de fabrication jusqu’ici confiée à l’étranger, ou qui crée une ligne de production « Fabriqué en France », peut aussi être concernée.
À lire Nearshoring : la stratégie efficace pour relocaliser à côté et réduire les risques
Deux volets : l’investissement et les compétences
Le Pack se décline en plusieurs aides. Le volet « Soutenir l’investissement industriel », décrit sur la fiche les-aides.fr des CCI, finance les investissements liés à un projet de relocalisation ou de développement d’une production « Fabriqué en France et en Région ». Le montant de la subvention varie selon le projet. Certaines activités sont exclues, comme les services financiers, l’hébergement et la restauration, ou la plupart des activités de transport. Les projets financés par crédit-bail et les simples déménagements d’activité à l’intérieur de la région ne sont pas éligibles.
Le second volet, « Trouver les compétences », répond à un problème que connaissent bien les industriels : retrouver des savoir-faire parfois disparus du territoire. Il aide à recruter un salarié expérimenté de plus de 55 ans, en CDI ou en CDD de plus de 12 mois, à mi-temps au minimum. Selon la fiche officielle relayée par les-aides.fr, la subvention forfaitaire est de 6 000 euros par équivalent temps plein pour un salarié d’au moins 55 ans, et de 8 000 euros pour un salarié d’au moins 60 ans.
Ce que montre l’exemple de Scionzier #
L’histoire de CDSA Technologie ne fera pas la une des journaux nationaux. Elle dit pourtant quelque chose de juste sur la relocalisation industrielle en France. Les annonces les plus médiatisées concernent des sites de plusieurs centaines d’emplois, mais une grande partie du mouvement passe par des investissements de taille modeste, dans des entreprises déjà implantées, qui ajoutent une machine, un procédé ou deux postes.
Ces petites marches comptent pour deux raisons. D’abord, elles consolident des sous-traitants dont dépendent des filières entières : sans entreprises de traitement, d’assemblage ou de finition à proximité, une usine relocalisée reste dépendante de fournisseurs lointains. Ensuite, elles ancrent des emplois qualifiés dans des bassins industriels qui ont parfois souffert de la concurrence à bas coût.
À lire Relocalisation industrielle : pourquoi la France mise sur la sécurité de la supply chain
Une question de suivi
Reste la question de l’évaluation. Près de 900 projets soutenus et 165 millions d’euros versés, c’est un effort public significatif. La visite d’un élu régional à Scionzier montre que la Région entend vérifier l’usage des fonds sur le terrain. Pour les entreprises intéressées, la démarche passe par une fiche projet à déposer auprès de la Région, avec des contacts par département et une adresse dédiée, planreloc@auvergnerhonealpes.fr, indiquée sur la fiche du dispositif.
Pour les industriels de Haute-Savoie et d’ailleurs en Auvergne-Rhône-Alpes, l’exemple de CDSA Technologie rappelle qu’un dossier de relocalisation n’a pas besoin d’être spectaculaire pour aboutir. Une machine de plus, deux embauches, et une étape de production qui reste dans la vallée : c’est aussi comme cela que se reconstruit le made in France.




