Les verres incassables de Duralex continueront d’être fabriqués dans le Loiret. Le tribunal de commerce d’Orléans a validé le 14 octobre 2026 la reprise de la verrerie par l’entrepreneur Cédric Meston et sa holding Tomé. Deux jours plus tard, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, était sur place à La Chapelle-Saint-Mesmin pour afficher le soutien de l’État. Derrière le soulagement, le plan prévoit moins de salariés, une production redimensionnée et un four entièrement électrique d’ici 2029.
Plan de l'article
Une cinquième procédure en vingt ans #
Duralex n’en est pas à son premier sauvetage. Comme le rappelle BFM avec l’AFP, l’entreprise avait été placée en redressement judiciaire le 1er juin, pour la cinquième fois en une vingtaine d’années. C’était moins de deux ans après sa reprise par ses salariés, réunis en coopérative.
Le modèle coopératif avait suscité beaucoup d’espoir. Il n’a pas suffi à absorber le poids de l’énergie. Selon le repreneur, la consommation d’énergie pèse aujourd’hui près de 20 % du chiffre d’affaires de Duralex. Pour une verrerie, dont le four tourne en continu, c’est le nerf de la guerre.
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155 emplois conservés sur environ 220 #
L’offre retenue reprend 155 emplois sur le site historique, soit plus de 70 % des CDI. Le plan de financement atteint 16 millions d’euros, dont 6 millions de soutiens publics sous forme de prêts des collectivités et de financements de l’État. Le milliardaire Xavier Niel est associé au projet via sa holding NJJ Capital.
Une offre concurrente, déposée par l’industriel stéphanois Carlesimo et d’un niveau financier équivalent, proposait de reprendre 129 salariés. Le président de la Région Centre-Val de Loire, François Bonneau, a dit avoir soutenu « la meilleure offre industrielle et sociale ».
« C’est gagné ! Nous sommes les nouveaux propriétaires de Duralex », a réagi Cédric Meston auprès de l’AFP. L’entrepreneur de 32 ans est connu comme cofondateur de la start-up HappyVore, spécialisée dans les substituts végétaux à la viande, et pour avoir repris Tupperware France en 2025.
Ce que l’État et les collectivités mettent sur la table
Lors de sa visite du vendredi 16 octobre, rapportée par ici Orléans, Sébastien Martin a détaillé l’effort public. L’État accorde un prêt de 4 millions d’euros via le Fonds de développement économique et social. Orléans Métropole et la Région Centre-Val de Loire apportent chacune 1 million d’euros.
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« Nous voulions tous cette reprise. On fait le pari que cela va réussir et ça va réussir », a insisté le ministre, qui a annoncé la mise en place d’un comité de suivi. Il a aussi mis en avant les synergies possibles avec Tupperware, déjà dans le giron du repreneur.
Un four 100 % électrique à l’horizon 2029 #
Le cœur du projet industriel est la décarbonation. Le plan de Tomé prévoit de convertir le four, aujourd’hui au gaz, vers une technologie entièrement électrique d’ici 2029. Selon BFM, cette conversion doit supprimer l’essentiel des émissions de CO2 du site. Elle doit aussi rendre l’usine moins dépendante des variations du prix du gaz, qui ont plusieurs fois mis l’entreprise en difficulté.
Serge Grouard, président d’Orléans Métropole, a indiqué que la société publique locale Orléans Énergies participerait à cette transformation. « L’énergie, c’est plus de 20 % des coûts de production », a-t-il rappelé, en souhaitant que les procédures aillent vite.
Redimensionner plutôt que produire à tout prix
Cédric Meston prévoit aussi de ramener la production au niveau des ventes et de repositionner la marque vers de nouvelles gammes, « pour mieux répondre aux nouvelles attentes des consommateurs ». La direction générale est confiée à Silham El Kasmi, passée par Saint-Gobain puis Saur pendant 23 ans.
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Des salariés entre soulagement et prudence #
Sur le site, l’accueil est mesuré. « Cela fait la sixième fois que ça nous arrive d’avoir un repreneur, donc on attend de voir la suite », a confié à ici Orléans Mickaël, contrôleur qualité avec 31 ans d’ancienneté. Il dit sa tristesse pour les collègues qui ne seront pas repris. Un autre salarié voit dans le four électrique « un beau projet », tout en reconnaissant que l’usine n’a jamais connu ce type d’équipement et qu’il faudra s’adapter.
La Région annonce un plan de formation pour les salariés non conservés, afin de les accompagner vers un nouvel emploi. Le ministre a promis de son côté d’être attentif à leur retour à l’emploi.
Un symbole du savoir-faire verrier français #
Les verres réputés incassables de Duralex font partie de ces objets du quotidien que l’on associe spontanément à l’industrie française. Pour le ministre, il s’agit d’un « produit qui est aimé des Français et pas seulement ». La nouvelle direction doit maintenant prouver qu’une marque patrimoniale peut redevenir rentable en produisant moins, plus propre et mieux ciblé. Cette fois, avec un comité de suivi chargé de veiller à ce que le sauvetage tienne dans la durée.




