Viry-Châtillon : Renault cède son site de moteurs F1 au belge Dumarey, 150 emplois repris

C’est la fin d’un long feuilleton pour l’un des sites les plus symboliques de l’industrie automobile française. Le 22 octobre 2026, Renault a présenté à ses représentants du personnel, lors d’un CSE extraordinaire, son projet de céder Alpine Racing SAS, la société qui exploite le site de Viry-Châtillon (Essonne), au groupe familial belge Dumarey. Pendant près d’un demi-siècle, c’est là qu’ont été conçus les moteurs de Formule 1 du losange.

Le projet prévoit la reprise de l’ensemble des équipes et des actifs nécessaires à l’exploitation du site, soit environ 150 salariés. L’opération doit encore passer par la procédure d’information-consultation des représentants du personnel et obtenir les autorisations réglementaires. Selon le Journal de l’Automobile, la finalisation est visée d’ici la fin de l’année.

Un site vidé de sa mission d’origine #

Pour comprendre ce qui se joue, il faut revenir au 30 septembre 2024. Ce jour-là, Renault acte l’abandon de son activité de motoriste en Formule 1 à l’issue de la saison 2025. L’écurie Alpine, basée à Enstone au Royaume-Uni, achète désormais ses moteurs à Mercedes. D’après le Journal de l’Automobile, le groupe en attendait une économie d’environ 120 millions d’euros par an.

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Pour Viry-Châtillon, le choc est rude. Le site comptait alors près de 350 salariés, tous organisés autour d’un savoir-faire unique en France : la conception de groupes propulseurs de compétition, avec leurs systèmes hybrides, leurs bancs d’essais et leurs outils de simulation. Ce savoir-faire a un palmarès. Comme le rappelle Eurosport, qui reprend la dépêche de l’AFP, Renault a remporté comme motoriste 12 titres constructeurs et 11 titres pilotes, le dernier avec Red Bull et Sebastian Vettel en 2013.

Une reconversion qui n’a pas tenu ses promesses

Pour éviter une saignée, Renault avait imaginé une reconversion baptisée Hypertech Alpine. Le site devait contribuer au développement d’une future supercar, travailler sur les batteries des sportives de la marque, puis explorer les cellules à haute densité énergétique et les moteurs électriques hautes performances.

L’année 2026 a montré les limites du projet. En février, le maire de Viry-Châtillon, Jean-Marie Vilain, a accusé Renault de revenir sur ses engagements, notamment dans l’hydrogène. Le même mois, Hyvia, la filiale hydrogène du groupe, a été placée en liquidation judiciaire, et un plan de rupture conventionnelle collective a été annoncé pour ramener les effectifs sous la barre des 150 personnes. En mars, la CGT dénonçait l’arrêt d’investissements dans l’hydrogène et l’endurance. Le Journal de l’Automobile parle sans détour d’une « reconversion inaboutie ».

Qui est Dumarey, le repreneur ? #

Dumarey est un groupe familial belge, connu jusqu’à récemment sous le nom de Punch. Il est spécialisé dans les moteurs, les systèmes de stockage d’énergie et les prestations d’ingénierie. Avec Viry-Châtillon, il affiche l’ambition de se diversifier dans le sport automobile.

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Son président et fondateur, Guido Dumarey, l’a résumé ainsi, selon le Journal de l’Automobile : « Notre ambition est de préserver et de développer davantage cette expertise exceptionnelle en ingénierie ». Le groupe compte s’appuyer sur les compétences du site en propulsion hybride et électrique, en simulation, en logiciel et en essais. Il évoque aussi la possibilité de mettre l’expérience acquise en F1 au service d’écuries de course.

Il faut toutefois rester prudent sur ce dernier point. Aucun programme de fabrication de moteurs de Formule 1 pour un nouveau client n’a été annoncé. L’accord ne fait pas de Viry-Châtillon un nouveau motoriste de la discipline.

Un passé récent qui inquiète

Le nom de Dumarey n’est pas inconnu des salariés de l’industrie française, et pas forcément pour de bonnes raisons. En janvier 2026, sa filiale Dumarey Powerglide a annoncé la fermeture de son usine de Strasbourg, une ancienne usine General Motors de transmissions automatiques, avec la suppression des 320 emplois restants. Peu après, le groupe a annoncé l’arrêt de l’usine d’Andrézieux-Bouthéon, dans la Loire, reprise à ZF en 2023, qui employait environ 260 personnes et fabriquait des boîtes de vitesses pour poids lourds et autocars.

Ces activités de production en grande série n’ont pas grand-chose à voir avec l’ingénierie de pointe de Viry-Châtillon. Mais ces deux fermetures expliquent pourquoi la pérennité du site reste, aux yeux de beaucoup d’observateurs, une question ouverte.

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Quelles garanties pour les salariés ? #

Renault assure vouloir mener l’opération « de manière responsable et dans le respect du dialogue social ». Selon une source proche du dossier citée par l’AFP, le maintien des salaires et des avantages sociaux devrait être garanti pendant 24 mois. Cette durée ne figure pas, à ce stade, dans un communiqué officiel : elle reste à confirmer lors de la procédure d’information-consultation. L’Usine Nouvelle retient elle aussi ce chiffre de 150 emplois préservés pendant deux ans.

Pour les salariés, le passage chez Dumarey a au moins un mérite : il met fin à l’incertitude d’un site dont la mission se réduisait d’année en année. La question est désormais de savoir si le nouveau propriétaire trouvera assez de clients pour faire tourner les bancs d’essais et les équipes d’ingénieurs au-delà de la période de garantie.

Ce que cette cession dit de l’industrie française #

L’histoire de Viry-Châtillon illustre une difficulté récurrente : un savoir-faire de très haut niveau ne survit pas seul quand disparaît le programme qui le faisait vivre. Les compétences en motorisation hybride, en simulation et en essais sont précieuses à l’heure de l’électrification. Encore faut-il des commandes pour les employer en France.

Le pari de Dumarey consiste à vendre cette expertise à d’autres acteurs du sport automobile et de l’ingénierie. S’il réussit, le site pourrait redevenir une vitrine de la technologie française. S’il échoue, l’Essonne perdra un pan de son histoire industrielle. Les prochains mois, avec la consultation des salariés puis la finalisation de la vente, diront quelle trajectoire l’emporte.

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